MARINA ABRAMOVIC ET MICHAEL LAUB/Biography remix

Vipère au poing

 Biography Remix se présente comme une présentation en accéléré de la vie et l’œuvre de la performer d’origine yougoslave Marina Abramovic, aujourd’hui âgée de 59 ans. Le pari semble difficile. Les expériences de body art très seventies, à la Gina Pane ou Rebecca Horn peuvent paraître datées trente ans après leur exécution. Surtout elles n’appartiennent à aucun répertoire et se laissent encore moins enfermer sous les lambris d’un théâtre. Une performance ne se tient pas sur scène, elle s’éprouve des heures durant ou le temps d’un instant fugace, le public est libre ou non de la suivre, l’artiste ne simule pas, etc. autant de principes étrangers au théâtre. La réussite de Biography Remix détonne donc. Le spectacle propose certaines vidéos de Marina Abramovic accompagnées d’un texte précisant la durée réelle de la proposition. Les images projetées sur des plans aux proportions différentes sont entrecoupées de performances rejouées par Marina elle-même ou par ses étudiants. Le chorégraphe Michal Laub, grand ordonnateur de Biography Remix, donne aux performers l’apparence d’Abramovic jeune et démultiplie les performances pour renforcer répétition et extrême tension. Les limites physiques et mentales sont atteintes lorsque l’artiste dessine sur son ventre une étoile au scalpel, lorsqu’elle démêle violemment ses cheveux en se rappelant « art must be beautiful, artist must be beautiful ». La rencontre d’Abramovic avec l’allemand Ulay en 1975 ne change pas radicalement la donne mais ouvre la voix à un jeu double troublant, oscillant entre l’agression des débuts (Marina et Ulay se baffant jusqu’à épuisement, respirant dans la bouche de l’autre au prix d’une suffocation permanente) et la méditation sur différents continents. Traversant la muraille de Chine en partant de deux points opposés, les amants se retrouvent pour se quitter après douze ans de travaux communs. Loin de s’apaiser, l’œuvre de Marina Abramovic trouve ces dernières années de nouvelles résonances à la fois politiques (les charniers  de l’ex-Yougoslavie) et intimes (la mort). Mais le corps de l’artiste, sujet et objet de médiation depuis si longtemps, ne ploie pas. Difficile d’oublier l’ouverture de Biography Remix, une femme prêtresse, un serpent dans chaque main, juchée droite sans bouger à trois mètres de haut devant un cyclo jaune or, avec en contrebas des ossements et des morceaux de viandes crus dévorés par des chiens inquiétants. Le prélude à une sublime cérémonie.

 Biography Remix, mis en scène de Mickael Laub, avec Marina Abramovic. Salle Benoît-XII, jusqu’au 14 juillet.

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